Haft Tappeh: La transcription de discours de Esmail Bakhshi lors de la grève du 18 août 2018

Esmail Bakhshi est l’un des représentants des travailleurs du complexe sucrier de Haft Tappeh. Ce qui suit est la transcription en français de son discours lors de la grève du 18 août 2018.

« Salutations à vous tous. Tout d’abord, bravo à tous pour être tous ensemble, comme toujours. Je vous remercie tous et en premier lieu, je vous demanderai d’éviter les conflits entre vous. Nous disons tous la même chose. Nous, les travailleurs, avons les mêmes revendications. Quel que soit l’ouvrier à qui vous parlez, tous les travailleurs de Haft Tappeh ont montré partout que notre discours, notre but, nos avancées et nos revendications sont les mêmes. Alors n’entrons pas ces fausses querelles qui ont été inventées de toute pièce par ceux que l’on sait. Maintenons l’unité du tous ensemble. Si vous avez un désaccord avec moi, ce n’est pas un souci. Venez en discuter, mais n’en faites pas une querelle.

Aujourd’hui, je ne parle pas en tant que délégué des ouvriers, mais je parle avant tout en tant qu’ouvrier mobilisé et seulement en deuxième comme délégué des ouvriers. Je ne suis pas venu ici pour expliquer que nous avons eu des débats ni que vous ne devriez pas être en grève. Le droit de grève est votre droit légal. […]

Après le nouvel an, ils ont dit que nous avions eu trop de grèves, que Haft Tappeh était en difficulté, que M. Bakhshi et sa bande voulaient ruiner Haft Tappeh. « Développons Haft Tappeh, ne vous mettez plus en grève », ont-ils dit. Alors on a dit ok. Ils ont dit : « M. Bakhshi, ne faites plus de discours » et j’ai dit ok. Faisons cela pour les ouvriers, nous ne voulons rien faire qui ruine l’entreprise.

Pendant quatre ou cinq mois, les ouvriers ont fait leur travail. Pendant quatre ou cinq mois, il n’y a plus eu de cadres. Nous avons dit confiez nous la direction de Haft Tappeh. Ce que j’ai dit s’est montré juste.  Pendant quatre ou cinq mois, il n’y a plus eu de cadres et nous n’avons pas fait grève. Les travailleurs ont tout géré par eux-mêmes. Il n’y a eu ni grève, ni conflit, ni sabotage. Les travailleurs ont fait parfaitement leur travail sous une chaleur de 60 degrés. Donc si Haft Tappeh a perduré jusqu’à présent, ce n’est que du fait, et seulement du fait, de la bonne volonté des travailleurs et rien d’autre. Donc si un cadre s’amène et veut jouer les prétentieux, je lui dirais : « où étais-tu pour diriger ? ».

En tête de nos exigences, depuis 2015 et 2016, il y a l’assurance maladie pour les travailleurs journaliers, les salaires impayés, il y a la situation de l’assurance maladie – car ce n’est pas clair sous quelle nom elle est autorisée, nous avons des incertitudes sur l’assurance. Ils ont empoché deux ans de bénéfice des plantations, ils ne nous ont pas donné les rations du Ramadan, et maintenant la situation des travailleurs est devenue dix fois pire. Mais aujourd’hui, en plus des salaires, de l’assurance et des autres acquis sociaux, nous avons encore franchi un seuil. Nous avons vu que le futur de Haft Tappeh est en danger. La situation actuelle est incertaine. Avec cette direction, pendant neuf mois, le directeur exécutif n’a pas mis un pied dans l’entreprise, il n’y a plus de direction ici. Cela fait maintenant quatre mois qu’il n’y a officiellement plus d’autre cadre dans l’entreprise.

Dans cette situation avec la direction, cette manière de diriger que suivent ces messieurs, est-ce que Haft Tappeh va vers une amélioration ou un effondrement ? Les travailleurs l’ont senti. Ce rassemblement a lieu uniquement par inquiétude pour l’entreprise. S’ils disent que les travailleurs en sont arrivés à tout fermer, nous disons non, le rassemblement des ouvriers est pour le futur de Haft Tappeh.

Ils ont demandé d’élire des délégués pour qu’il n’y ait pas de grève. Donc nous avons élu des délégués. Il y aurait des délégués de tous les ateliers, pour faire respecter la justice. Nous avons élu des délégués. Pendant un mois entier, jours et nuits, les délégués sont allés dans les bureaux, où il n’y avait personne. Aucune réponse.Chaque jour, quelqu’un vient au nom de l’employeur, mais il est difficile de savoir en tant que quoi il vient. Quel est sa position ? Quel poste de direction occupe-t-il ? Il dit : « Je n’ai pas le pouvoir de faire ce que vous demandez ». Donc où est le patron pour que l’on puisse parler avec lui ? Ce n’est pas clair.

Nous sommes venus, nous avons protesté et dit qu’il fallait payer les salaires en un jour. Ils ont faire exactement l’inverse, ils ont payé sur 20 jours.

Les conditions de sécurité au travail des ouvriers sont scandaleuses. L’usine de fourrage a pris feu. Les pompiers sont arrivés, mais il n’y avait ni masque, ni gant, ni vêtement de protection. Les pauvres gars n’ont pas même protesté. Ils ont éteint le feu. […]

Je vais compter les risques pour vous. La situation des terrains et la casse de Haft Tappeh. Il n’y a aucune réponse à ce sujet. […]

Le délégué ouvrier doit tout surveiller, du directeur à la base – à la fois le travail et le comportement. Aucun cadre n’a le droit de maltraiter un ouvrier. Aucun cadre n’a le droit d’humilier un ouvrier. Si vous voyez cela arriver, prévenez le délégué. Si le délégué ne s’en occupe pas, même le délégué des salariés, nous avons élu deux inspecteurs, pour que les délégués restent sur de bonnes rails. Même les délégués ont des superviseurs.

Le seul moyen pour sauver le pays de la situation économique actuelle, ce sont les conseils ouvriers, des conseils ouvriers indépendants, la formation de conseils populaires indépendants pour contrôler l’action du gouvernement et des institutions. Vu la corruption qu’il y a, c’est là la seule voie.

Nous demandons : « Pourquoi la situation est ainsi ? » Ils disent : « L’économie de tout le pays est en ruine. » Nous demandons : « Est-ce que la classe ouvrière a ruiné l’économie ? » Une autre classe a ruiné l’économie comme ça. Est-ce que la classe ouvrière doit en payer le prix ? Ils licencient la force de travail. Nous demandons : « Pourquoi licenciez-vous la force de travail ? ». Ils répondent : « Toutes les entreprises sont en faillite ». Est-ce à dire que si quelqu’un a ruiné l’économie, la classe ouvrière doit en payer le prix ? Nous sommes opposé au licenciement ne serait-ce que d’une personne. Les travailleurs du service d’épandage des pesticides, vous savez tous,  ont le boulot le plus dur à Haft Tappeh. Ils leur font miroiter mille promesses. Sans tenue de protection, sans gant, sans masque de protection adapté, ils aspergent des milliers d’hectares de champs. Ils ont des problèmes respiratoires, des problèmes de peau, et quand leur travail est terminé, ils sont licenciés.

Je suis allé demandé pourquoi ils étaient licenciés. On m’a dit : « Tu sais comment c’est, chaque année ils sont licenciés. » J’ai répondu : « Ils ont eu tort de les licencier les autres années. Juste parce qu’il y a eu une injustice chaque année, il faudrait les licencier. » Laissez moi vous dire une chose, tous les délégués soutiennent les gars du service d’épandage jusqu’à ce qu’ils soient réembauchés. C’est leur droit de revenir.

Le directeur n’a pas établit de grille de qualifications. […] Il n’a pas donné d’intitulé aux postes. Quelqu’un devient un ouvrier qualifié, son salaire reste à 1 500, le salaire d’un ouvrier de base. Cela signifie que chaque ouvrier lui rapporte un million. Dans cette situation, avec la crise, l’inflation, le salaire réel d’un ouvrier devrait être au minimum de six ou sept millions de tomans […] Avec toutes les primes et les heures supplémentaires, un ouvriers ne gagne que 1 500.

Avec tout ce que les travailleurs ont supporté, quelle est sa réponse ? Il a supprimé des heures sup’ ! Ensuite, il dit que nous ne voulons nous intéresser qu’aux travailleurs dans cette situation économique. Avec toutes les difficultés, 60 degrés de chaleur, il réduit les heures supplémentaires. Nous sommes opposés à cela.

Autre chose : notre ligne rouge est la privatisation des terres de Haft Tappeh. Les vrais actionnaires de Haft Tappeh, ce sont les habitants de Haft Tappeh et les travailleurs de Haft Tappeh. Il était une fois, il donnèrent leurs terres à l’entreprise pour que des emplois soient créés pour leurs enfants. Notre premier pas a été de nous mettre d’accord sur quatre représentants pour regarder de près la situation des terrains de Haft Tappeh. Ces quatre représentants sont chargés d’enquêter et de divulguer sur la situation des terrains. Si un responsable refuse de répondre, du fonctionnaire de la ville à l’employeur, nous dirons aux travailleurs que nous nous sommes renseignés auprès de lui sans obtenir de réponse.

Notre ligne rouge est la propriété des terres de Haft Tappeh. Les terres de Haft Tappeh appartiennent aux travailleurs. Si le gouvernement les a vendues, il doit venir le dire, rendre l’argent aux travailleurs. C’est notre droit. A la première enquête, le gouvernement doit venir et rendre les choses transparentes. A quelles conditions ont-ils cédé Haft Tappeh ? Je ne sais pas pourquoi il ‘y a aucune transparence dans ce pays. A quelles conditions ont-ils cédé les terres ? Il n’était pas question de propriété jusqu’à il y a deux ans. Petit à petit, ils instaurent la propriété.

Par exemple, si N millions sont payés, ils deviennent propriétaires. La terre de Haft Tappeh, le foncier de Haft Tappeh est la propriété des travailleurs. Tout ça n’est pas clair. Ils doivent rendre des comptes. Qui rend des comptes ?

Qui va rendre des comptes ? Le patron est absent. L’usine a pris feu. C’est votre propre usine. Le patron n’est trouvable nulle part. Après toute une semaine, il n’est pas venu voir ce qu’est devenue l’usine. Si tu es propriétaire, tu devrait venir voir la situation.

Les délégués supervisent tout, de l’employeur à la base. Si vous voyez le moindre cas suspicieux, la moindre conduite inappropriée par un cadre, vous avez maintenant des délégués.

Pour contrôler la corruption institutionnalisée dans le pays, la seule solution est de former des conseils populaires et des conseils ouvriers, pour surveiller le gouvernement et les institutions.  Nous l’avons commencé à Haft Tappeh. Nous avons quatre délégués enquêter et révéler la situation des terrains de Haft Tappeh. Si le moindre cadre, le moindre officiel de la ville ne rend pas des comptes, nous vous rapporterons immédiatement que cet homme-là ne rend pas de compte. Voilà nos sujet à éclaircir.

Les salaires doivent être payés en un jour. Nous avons trois mois de retard de paiement. Nous sommes allés leur dire de payer le salaire en un jour, ils ont payé en 20 jours ! Les coupeurs de canne n’ont toujours pas été payés.

Si nous voulons obtenir nos revendications, et quelqu’un est venu lever les ambiguïtés, aujourd’hui nous avons dépassé la question des salaires, c’est l’avenir de Haft Tappeh. Nous nous e préoccupons, c’est à nous.

Nous devons nous serrer les coudes. Nous ne devrions pas entrer dans des conflits virtuels que l’employeur a inventé. Nous disons tous la même chose. Nos revendications sont claires et ces sujets que j’ai mentionnés ne le sont pas. La question des terres et de l’avenir de Haft Tappeh. Comment une entreprise peut ne pas avoir de direction pendant quatre mois ? Comment peut-elle avancer ? Quelqu’un doit rendre des comptes. Les délégués sont près.

Ces questions floues doivent être éclaircies, de l’employeur aux officiels de la mairie, ils doivent s’expliquer auprès des travailleurs.

Voilà. Salutations à vous tous. »

Source: Syndicat des travailleurs du sucre de Haft Tappeh

 

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